THÉÂTRE VOLUME 2

Afripoche
Théâtre volume 2
Kangni Alem
Parution : mars 2014
Prix public conseillé : 12 €
156 pages
ISBN : 978-2-911464-60-7
 
Opus comprenant 2 pièces:
Atterrissage (2002)
Mon cancer aux tropiques (2006)
 
et 2 Concert-party:
Le dramaturge et son maître
Nicolas le Parisien (2012)

 

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Atterrissage


Atterrissage est une tragicomédie onirique. Kangni Alem s’est inspiré d’un fait qui a ému le monde entier : la mort de deux adolescents, Yaguine et Fodé, dans le train d’atterrissage d’un avion de la Sabena. La première d’Atterrissage fut jouée en 2002 à Mantes-la-Jolie, par l’Atelier théâtre de Lomé, dans une mise en scène de l’auteur. Reprise par une troupe belge, dans une mise en scène de Denis Mpunga, elle a été présentée de très nombreuses fois tant en Afrique, qu’en France et en Belgique.

FODE : Ma Carnélia, voilà… euh… je suis venu te dire que je m’en vais. C’est vrai, je pars. Yaguine aussi va partir. Nous partons, mais nous reviendrons, comme le criquet pèlerin à la saison des récoltes. Nous reviendrons riches, Mama. Très riches même. On dit qu’au pays du blanc, même ceux qui ne travaillent pas ont de quoi boire et manger. Et puis, je voulais te dire, Ma Carnélia : il faut bien que nous partions d’ici ; les choses sont devenues sans tête ni queue, plus rien ne marche comme on s’y attendrait. L’école, pour apprendre à se construire, l’hôpital pour soigner tes maladies. Même la pluie se fait rare. Tout est fermé. La guerre a tout fermé. Et Yaguine et moi, on n’a plus envie de traîner dans les rues à rêver que cette guerre… d’idiots s’arrête, qui sait quand, et que l’école reprenne, que l’hôpital de nouveau ouvre son portail pour t’y emmener chercher tes médicaments. Si au moins nous allions à l’école encore, mais non… Ma Carnélia, dans les rues, ne traînent plus que les hommes-chiens, ceux qui fument et boivent et te disent : « Hé, petit, si tu venais à la guerre avec nous, tu auras tout, les villas des riches commerçants, des femmes en veux-tu en voilà, puisqu’on te donnerait un gros fusil ! » Et puis je voulais te dire, Ma Carnélia… (aparté) ça, j’en suis certain, ça va lui faire vraiment plaisir… oui, je voulais te dire : « Yaguine et moi on a pensé t’acheter la voiture de tes rêves. Une grosse voiture, comme celle de Zoba, le trafiquant. Une grosse Mercedes blanche, qui fait vroum et beaucoup de poussière à son passage. Oh, ne dis pas non ! Maintenant qu’on est devenus riches, on peut enfin t’offrir tout ce que tu désirais. Désormais, tu n’iras plus à pied. Après tout, tu as été pour nous une Mama formidable… sans toi pour remplacer nos mamans, que serions-nous devenus ? Garnements, vauriens, vendeurs de colle et de haschich, petits soldats sans foi ni loi. Allez, accepte-la ta voiture ! C’est pour te remercier que nous l’avons achetée. Et merci, Ma Carnélia pour tes conseils… Ah, toutes ces années qu’on n’a pas vu passer… on t’aura beaucoup manqué… là-bas, au pays du blanc, les écoles n’étaient pas fermées. On a pu finir nos études et chercher du travail. Et nous voici de retour. Avoue que t’es quand même fière de tes enfants ! Qui ont eu le courage de s’arracher du vide, du royaume des hommes-chiens pour faire de leur vie ce qu’elle est aujourd’hui. Allez, Mama, chante avec nous, pour fêter le retour...

Mon cancer aux tropiques

Mon cancer aux tropiques a été créé aux Récréâtrales de Ouagadougou en 2006. La mise en scène était de Alfa Ramsès, Oscar Abgessi et Edem Modjro en furent les comédiens. Monologue politico-philosophique d’un soiffard qui raconte à sa manière tourmentée la chute cocasse d’un dictateur au totem léopard.

C’est là que le parlement décida d’intervenir. Un député réclama le départ de l’homme en fuite pour éviter que la momie n’allât une fois de plus bourrer les urnes pendant les élections toutes proches et que ces ordures, ces minables badauds de l’opposition qui, en réalité, oui notez cela, Messieurs, manipulent la momie, n’aillent nous accuser, Monsieur le Président et chers collègues, de malversations une fois de plus !
À ce moment-là, l’histoire prit des proportions telles qu’il fallut l’intervention de l’ami hôte pour éviter que les députés ne se lancent à la tête des noix de coco sous la coupole. Il se rendit au parlement pour éviter les règlements de compte, la haine et l’anarchie, puis il rendit visite à son ami en fuite.

 

Ce soir on improvise

Par Gaëtan Noussouglo

Le Concert-party est un théâtre populaire d’improvisation avec canevas, qui se jouait le plus souvent dans les bars et même les domiciles. Très en vogue au Togo après les indépendances, il a connu un déclin foudroyant à partir des années 1990, et a presque disparu du paysage togolais. Il refait surface actuellement.
 

Le dramaturge et son maître


Le Maître
Ah ! Alors, vous diriez quoi pour terminer l’exercice ? Il me semble que vous disiez quelque chose avant que je ne vous interrompe.
Le Dramaturge
Oui, c’est ça, le policier a donc bouffé mon repas. Ensuite, j’ai été longuement tabassé, et puis, mon emploi, j’ai perdu mon emploi. Et maintenant, je me retrouve au chômage. Quelle histoire ! Moi-même qui ne portais que le costume complet, pantalon veste, regardez dans quel état je me retrouve ! Désormais réduit à ramasser sur la voie publique une poule ou une chèvre, à les assommer pour aller les revendre afin de m’acheter quelque chose à manger.
Le Maître
Ah ouais, c’est vous qui volez mes chèvres ?
Le Dramaturge
Mais non, enfin, je veux dire oui, c’est une façon de parler.
Le Maître
Comme si je ne le savais pas. Dommage, en me disant non, vous avez planté la déception au cœur de votre public. La clé d’une improvisation réussie, ne jamais contrarier les désirs du spectateur. Je suis quoi pour vous, jeune homme ? Allez, on reprend la leçon ! Ce soir on improvise !

 

Nicolas le Parisien

Nicolas le Parisien est un canevas créé pour des étudiants de l’Université de Middlebury College, en Californie, qui l’ont interprété comme exercice de théâtre en juillet 2012.

Nicolas
Bon, bon, voilà ! Tu vois, quand je t’ai quitté pour me rendre en Europe, je ne suis pas… Non, je me suis vraiment rendu à Paris, dans le costume que ta maman m’a fait fabriquer. Mais bon, toi-même tu sais, un homme, vivre en Europe comme ça, pendant douze ans, hum… Bon, donc j’étais en Europe comme ça… une jeune fille française et moi… enfin, cette Française et moi… c’est une Française noire, tu sais, oui, Noire noire mais blanche, enfin oui puisqu’elle est née là-bas, et ne comprend pas notre langue. Oui, elle ne parle que le français. Comment t’expliquer les choses… nous étions ensemble dans la même école, et il nous est arrivé de faire des “résumés” ensemble.
Cecilia
Mon amoureux, explique bien les choses, toi-même tu sais que je n’ai pas été à l’école. C’est quoi “résumé” ?
Whisky
Madame, Madame, c’est ce qu’on fait avant conclusion !
Cecilia reste bouche bée.
Nicolas
On n’a même pas fait conclusion, juste de petits résumés de rien du tout. J’ai quitté la France en lui mentant que j’allais juste rendre visite aux parents. Mais quand je t’ai revue, toi Cecilia, tu m’as tellement encore plu que j’ai décidé de rester avec toi. Mais voilà, patatras ! Ce matin, la Française a débarqué, elle est amoureuse de moi dit-elle, et veut que… Moi je pensais qu’elle allait m’attendre à Paris jusqu’à fatiguer.