ET SI LES CROCODILES PLEURAIENT POUR DE VRAI...

Editions Ndzé (collection nouvelles)
Et si les crocodiles pleuraient pour de vrai...
Ludovic Obiang
 
Préface de Jacques Chevrier
Parution : juin 2006
Prix public conseillé : 17 €
196 pages
ISBN : 2-911464-28-1

Un filet d’eau traverse le cœur de Libreville : l’Arambo. Bordé de lycées, collèges et autres institutions, il se charge des fantasmes les plus échevelés d’une jeunesse qui s’initie, sur ses berges, à l’amour, à la vie. Torrent clair, ou marigot opaque il est le personnage central occulte autour duquel gravitent les nouvelles rassemblées ici par Ludovic Obiang.

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Dans leur diversité, ces nouvelles livrent accès à un univers trouble qui oscille en permanence entre le réalisme le plus prosaïque et un onirisme aux confins du fantastique. Revenantes mystérieuses, mères infanticides suicidées, jumeaux tragiques, vieillards insanes, guérilleros fous hantent des mondes réels et parallèles que l’auteur semble avoir délibérément placés sous le signe maléfique du « soleil noir de la mélancolie », comme le fait justement remarquer Jacques Chevrier dans sa préface. Un livre étrange et fort dont « on ne sort pas indemne » !

Kangni Alem

 

Un extrait de la préface de Jacques Chevrier :

On songe ici, naturellement, à Gérard de Nerval dont l’œuvre, en forme de descente aux enfers, est entièrement dévolue à la quête d’une insaisissable sylphide, cette Aurélia plus mythique que réelle, mais à condition, dans le cas qui nous occupe, de substituer à la blonde égérie du poète maudit la “fillette” ou l’adolescente aux yeux d’un noir profond “souligné de noir”, renchérit l’auteur, qui réapparaît de façon obsédante dans plusieurs nouvelles du recueil.

Un extrait du texte :
 
  • La passion que l’Arambo suscite en moi ne date pas d’hier… Elle avait déjà creusé cette petite ravine où nous sommes aujourd’hui. Ici même, un interne de Terminale, un “grand” comme on disait à l’époque, un “grand” de philosophie, était venu, comme ça lui arrivait souvent, quand la chaleur incendiait le dortoir ou qu’il avait besoin de se changer les idées. Là, surprise ! Il avait trouvé quelqu’un d’inattendu, une jeune fille, une adolescente, avec les pieds quasiment dans l’eau. Elle était penchée sur un livre ouvert, et puisait de temps en temps dans un paquet de gâteaux.
    Il s’est approché d’elle sans faire de bruit. Tout en avançant, il a eu le loisir de l’observer. Il ne la connaissait pas, sans doute une fille du voisinage, plus hardie que les autres, qui n’avait pas craint de venir affronter les garçons dans leur marigot, cette ravine fraîche, blottie sous les bambous, qui semblait faire partie du collège, même si les élèves ne la fréquentaient que rarement et en très petit nombre. Elle était l’apanage de certains absentéistes patentés, fumeurs à la sauvette, ou doux rêveurs parmi lesquels notre “grand” comptait. Il la visitait si souvent qu’il en était venu à la croire sienne, à ne pas vouloir la partager. Ça lui était un vrai drame d’y rencontrer un collègue, à plus forte raison quelqu’un du “quartier”, même si c’était une jeune fille, et pas désagréable du tout… Comme tous les élèves de Bessieux, gonflés de leurs tableaux d’honneur, il n’avait que mépris ou condescendance pour ces filles du “quartier”, leur préférant de très loin les vestales – comment vous les appeliez déjà ? Des pisseuses, c’est ça les pisseuses – de l’Immaculée Conception, qui abritait, à l’époque, le chic en matière de pensionnat féminin. Il s’est approché d’elle et l’a saluée :
    « Bonjour ! Vous travaillez ? »
     


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